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AMERICA, revue de politique américaine.

Directeur de revue

Droits : Unsplash -Dan Calderwood

L’Amérique à la traîne

Pour le président sortant Dwight Eisenhower, le satellite Spoutnik lancé en 1957 n’était qu’ « une petite balle » mais pour une majorité d’Américains ce n’était pas bon signe. À l’aube des années 60, il y a comme un parfum de déclin dans l’air. Eisenhower termine son mandat dans une ambiance de fin de règne. Il devient presque un canard boiteux, un président en fin de mandat qui ne prend pas de grandes mesures car sa popularité est en berne.

Kennedy tout comme Nixon fait partie de la nouvelle génération de politiciens, celle qui a servi son pays sous les drapeaux. Mais Nixon, lui, a été le vice-président d’Eisenhower pendant huit ans. Kennedy va se faire une joie de faire passer son adversaire pour un homme du passé. Occultant au passage la grande expérience de Nixon dans la gestion des affaires publiques qui lui fait cruellement défaut. L’homme du renouveau c’est lui. C’est le sens même du slogan de sa toute première campagne électorale :  « the new generation offers a leader ».

Associer son rival à un président impopulaire, c’est un classique. Bien que farouchement contre Kennedy, Eisenhower n’a pas vraiment aidé son poulain. Quand un journaliste lui demanda s’il pouvait citer une idée de Nixon qu’il avait repris à son compte, il déclara : « Si vous me donnez une semaine, j’en trouverai peut-être une. Non vraiment je ne vois pas. » Avant d’affronter Nixon toutefois, Kennedy doit remporter l’élection primaire du Parti démocrate. Retour sur un des plus beaux et des plus influents discours de l’histoire politique des États-Unis.

Des primaires presque inutiles

Quand Kennedy annonce sa candidature dans une petite salle du sénat, il sait qu’il n’est pas le favori. Lyndon Johnson, Adlaï Stevenson et Hubert Humphrey le devancent dans les sondages. Les journalistes pensent même que le sénateur du Massachusetts court en réalité pour la vice-présidence. D’emblée, il apparaît que deux États feront la différence, il s’agit du Wisconsin et de la Virginie Occidentale. Si Kennedy arrive à l’emporter dans ces deux États, il prouvera aux délégués du parti qu’il est le plus à même de battre le candidat du parti adverse dont le nom est déjà connu, Richard Nixon. Une victoire en Virginie Occidentale, État presque entièrement protestant, montrera qu’il n’est pas tributaire du vote catholique. Le jeune sénateur doit en effet démontrer que sa religion ne constitue pas un handicap dans la course à la Maison Blanche. Beaucoup d’Américains craignent encore qu’un président catholique prenne ses ordres au Vatican, une fois installé à la Maison Blanche.

À cette époque, les élections primaires (il n’y en a eu que 16 cette année-là) ne comptaient pas pour grand chose, les délégués du parti choisissant le vainqueur bien souvent en dehors du circuit. Les boss du parti jouaient les faiseurs de roi. Leur soutien se décidaient non dans l’isoloir mais dans des arrière-salles enfumées. Mais les temps ont changé. Les primaires sont devenues malgré tout un peu plus qu’un « beauty contest ». Parti loin derrière, JFK est arrivé en tête, non sans l’aide de la fortune insolente et des relations de son père Joe Kennedy. Lyndon Johnson, grand adversaire de Kennedy n’y a pas participé. Il annonce sa candidature une semaine à peine avant la convention démocrate. Mauvais calcul. Il a été défait lors de la convention. Dans l’arène, le « roll call » se termine. Les délégués de chaque État se sont prononcé un à un. Kennedy a remporté la mise. Il est officiellement devenu le candidat du Parti démocrate.

Un discours exceptionnel

Nous sommes à la convention du Parti démocrate, le 15 juillet 1960, à Los Angeles. Désormais, Kennedy est bien plus qu’un jeune sénateur, il officiellement le candidat du Parti démocrate à la Maison Blanche. Kennedy s’adresse à la foule. Dans le discours qu’il prononce lors de l’acceptation de l’investiture de son parti, le candidat Kennedy propose sa vision de l’Amérique, il parle alors d’une « nouvelle frontière ». Méconnue des Européens, Kennedy fait appel à une histoire que les Américains connaissent bien, la leur. Celle d’une frontière intérieure que les pionniers américains ont sans cesse fait reculer, jusqu’à rejoindre le Pacifique. Il s’agit bien sûr de la conquête de l’Ouest. Commencée en 1783, une fois l’indépendance acquise, et achevée à la fin du dix-neuvième siècle.

Pour lui, d’une certaine manière, cette frontière est toujours là bien que sous une autre forme: « Nous sommes aujourd’hui face à une nouvelle frontière, celle des années 1960, la frontière d’opportunités et de périls inconnus, la frontière d’espoir et de menaces non réalisés. »

Ce que Kennedy propose aux Américains, c’est de les mobiliser, de raviver cette notion de frontière intérieure afin de surmonter les défis qui se posent à la nation. Ceux-ci sont nombreux : ségrégation, guerre froide, conquête de l’espace, etc… « Une nouvelle frontière est ici, qu’on la cherche ou pas. Au-delà de cette frontière se trouvent des zones encore inexplorées de la science et de l’espace, des problèmes non résolus de guerre et de paix, des problèmes invaincus d’ignorance et de préjugés, des questions non résolues de pauvreté et d’excédent. »

Retrouver l’esprit pionnier

Dans ce discours, on retrouve un Kennedy assez centriste qui, au-delà des programmes gouvernementaux mis en place par le New Deal, fait avant tout appel à l’initiative individuelle :

« La nouvelle frontière dont je parle n’est pas un ensemble de promesses, c’est un ensemble de défis, ça ne se résume pas  à ce que je compte offrir au peuple américain mais ce que je lui demande. Elle fait appel à leur fierté, pas à leur sécurité (financière). Elle repose sur la promesse de davantage de sacrifices et non de plus de sécurité. » Il conclut par ces mots : « Je vous demande à chacun d’être les pionniers de cette nouvelle frontière. »

Dans ces quelques lignes, on devine déjà la fameuse formule du discours inaugural de sa présidence : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Au risque d’en décevoir certains, il faut souligner que ce n’est pas JFK lui-même qui est à l’origine de ces belles lignes. Il s’agit de Ted Sorensen, futur conseiller et rédacteur des discours présidentiels du 35e président des États-Unis. Sorensen est la vraie plume du président, « ma banque de sang intellectuelle » ironisera souvent Kennedy pour présenter son proche conseiller.

LE DISCOURS EN IMAGE :